Voyage au long cours

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Voyage Cargo Canal de suez

Voyageur au long cours: Baroudeur, Bourlingueur, Globetrotteur.
Carnets de voyages photographiques et radiophoniques, littérature et poésie.
Voyages en Asie, Afrique, Proche et Moyen Orient, Caraïbes ,Amériques, Océanie.
Carnets de mes voyages ,qui traitent d’une manière Journalistique ,Sociologique, Anthropologique et Ethnologique, ma vision du Monde. Ici je pose des questions. je me focalise sur des thématiques ,des sujets du quotidien ,en Afrique ,en Asie , Proche et Moyen Orient, aux Caraïbes ,en menant des enquêtes sur place, dans les pays, par l’intermédiaire des populations rencontrées.
Mes références, mes influences : Albert Londres, Joseph Kessel, Blaise Cendrars, Pierre Schoendoerffer, Alexandre Iacovleff, Patrick Chauvel, Philipe Rochot, Jean Malaurie, Claude Levi Strauss, Marcel Griaule, Jean Rouch, Jacques Kerchache, Théodore Monod, Pierre Loti, Jack London,Henry de Monfreid, René Caillié, Ibn Battuta, RFI, ARTE, France Culture ,Tv5 Monde ,Courrier Internationale  etc……

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Ethiopie région du Tigré

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Mali: intrigue au pays Dogon.

Il pleuvait à Mopti lorsque je descendis de l’avion sur le tarmac de l’aéroport international d’Ambodédjio. Je me dirigeais vers le bureau des formalités afin de recevoir le tampon sur mon visa puis sur mon passeport.

Mopti Pinasses sur le fleuve Niger

Mopti ville fluviale le long du Niger, Djoliba comme on le nomme ici, accueillant une multitude de pirogues nommées Pinasses pratiquant l’import-export de toutes marchandises. Face au fleuve, je relisais les livres de Marcel Griaule, Germaine Dieterlaine, Jean Rouch, René Caillié afin d’étudier avec rigueur, précision, rites, coutumes, traditions, mais surtout l’histoire des Dogons, nommés ici au Mali, Dogono en Bambara. La cosmogonie Dogon étant très complexe, je m’assoupissais peu à peu, au fil des pages sous le regard amusé de mes hôtes. La nuit tombante, dictée par les prières du coucher du soleil, les Pinasses se faufilaient dans les méandres du fleuve, dans le silence, puis l’appel à la prière du Muezzin de la mosquée du quartier Komoguel.

Je partais à l’aube, dans la région des falaises de Bandiagara, en direction de Sangha. Après quelques pannes de voiture et d’aspiration de carburant, nous arrivâmes là ou s’était séjourné Marcel Griaule afin d’écrire son premier livre « Dieu d’eau. » Deux Dogons, leurs bonnets de formes coniques à pompons, attendaient dans une 2cv fourgonnette orange, marquée taxi, afin de me conduire à mon hôtel.

Patrick Compas mali Dogon bandiagara

Le lendemain, je me réveillais au son du cri du coq, au lever du soleil, quand soudain quelqu’un frappa à la porte de ma chambre. « Sewo Sewo le café est prêt, vous avez de la visite Monsieur Toubab !!! on vous attend ».« Qui ? »  « Le Hogon et le Devin » « ah bon ? » Stupéfaction, en effet ils étaient là à m’attendre « Sewo Sewo Oumana Sewo » palabres interminables en serrant les mains, puis les pouces, en se courbant légèrement, selon la tradition.  « Que se passe-t-il ? » « Buvez votre café puis on y va, on a besoin de vous. » Nous partîmes déambuler, dans les ruelles entre maisons et greniers, afin de rejoindre la demeure du Hogon. « Mais que se passe-t-il ici répliquais je ? » « Voilà, nous vous demandons de mener une enquête dans le village de Sangha, suite à un vol de masque sacré un Kanaga, puis d’une porte de grenier appartenant à la maison du Hogon, il n’y a que vous qui puissiez le faire, car vous êtes étranger donc neutre à cette histoire, qui s’est déroulée avant votre arrivée. » Je tombais par terre, quelle responsabilité, mais qui avait pu commettre un tel sacrilège ? j’étais venu en tant que Reporter, me voilà à présent transformé en Commissaire de Police. J’acceptais le défi.

Cela ne me serait pas facile, il me fallait un interprète de confiance, des preuves, des témoignages, des indices.il me vint une idée, à l’école on y apprend le Français, je demandais donc à des enfants qui était l’enseignant, on me dit Mr Djiguiba !!! Djiguiba arriva avec sa belle chemise blanche, bien repassée. Je le saluais en langue Dogon, il me répondit dans ma langue. Il acceptait sans aucune hésitation ma requête, de plus il m’invita à séjourner chez lui, je ne pouvais refuser ce privilège. Devant le thé puis la bière de Mil, il me suppliait de bien vouloir régler cette affaire au plus vite, que je pouvais vivre chez lui comme un membre de la famille, mais en retour d’en faire une affaire d’état, de détournement de patrimoine.

Je me mis au travail au cri du Coq. Tout en partant vers les champs d’oignons cultivés par les femmes, accompagné par Djiguiba suivit de très près par une multitude d’enfants, je relisais en marchant, un passage du livre de Griaule, tout à coup je m’exclamais à haute voix « mais oui bien sur Yourougou le renard. » Un silence s’imposa dans le champ d’oignons, Djiguiba tétanisé me fixait du regard m’expliquant qu’il ne fallait pas citer son nom, n’importe quand, n’importe comment. Après des excuses auprès des populations, j’apprenais donc qui était Yourougou. « Le renard pâle » pratiquant le désordre dans la genèse, les mythes de l’histoire, de la création de l’ethnie Dogon, personnage symbolique emblématique, ambiguë, sacré, comme le dieu serpent : Lébé du Ouagadou. Je venais de faire à mon tour un blasphème, du coup il fallait se rendre de suite chez le Devin. Hasard ou coïncidences, il fallait d’ailleurs que je rencontre ce personnage incontournable pour mon enquête, ainsi que le tisserand, le griot, le marabout, le guérisseur puis le forgeron. Du haut de la falaise, une vaste étendue de sable dominait l’horizon, on pouvait y voir planter des petits bouts de bois ornés de coquillages, de minuscules cailloux autour, puis des dessins fait aux doigts, ornaient d’étranges symboles et signes cabalistiques. Le vielle homme apparue tout de noir vêtu, un bonnet à pompons coniques, une longue barbe, un regard perçant qui me fixait les pupilles. Palabres et salutations respectables, il se mit au travail en silence après m’avoir demandé ce que je voulais savoir. » Le renard viendra déposer ses pattes ici cette nuit, ce n’est que demain que nous pourrons répondre avec votre question, répondis Djiguiba. »

Le lendemain à l’aube, c’est seul que je revenais voir le Devin, afin de connaitre la réponse à ma question suivante : « qui a volé le masque et la porte ? » L’homme déjà présent sur place, était en train de décrypté les traces de Yourougou, il marmonnait des mots dans un étrange dialecte, différent de sa langue, le Sigui. La langue secrète des Dogons, j’avais lu un passage dans le livre de G. Dieterlaine à propos de cette langue, la société secrète des masques, il n’y a que les initiés qui la pratiquent. L’homme m’interpella plus tard, dans un français approximatif, le regard très inquiet, il me dit qu’il fallait que je me rende à Kidal, qu’il fallait que je reste plus que très prudent. Je devais m’y rendre, mauvaise nouvelle, à la vue des évènements actuels de révoltes, rebellions en tous genres, effectuées par des groupes membres de l’Aqmi puis de l’EI au nord du Mali, qui réclame l’indépendance de la région, sous le nom d’Azawad, dans le triangle Kidal, Gao, Tombouctou.

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Je partirais à l’aube, seul, avec la 2cv taxi. J’étais stressé. Sur la route, je prenais en stop un chauffeur de camion en panne avec ses jerricanes. Stupéfait de voir un Toubab faire le taxi. A la frontière inter- régions n°5 et 6 contrôlé par l’armée du pays, accompagnée des militaires français, opération Barkhane, ma visite fut interrompue manu militari. Terminus tout le monde descend, mais la providence était avec moi, un chauffeur de camion arrivant de sangha, en contrôle des douanes, me reconnut il expliqua en Bambara qui j’étais, d’où je venais. Un lieutenant des forces françaises m’interrogea, me traitant de tête brulée, m’expliqua qu’il avait rencontré des touristes Chinois, à la recherche d’œuvres d’arts à Tombouctou, en partance pour Djenné.

Je partais donc sur le champ tel un légionnaire au combat. Arrivée tardive à Djenné pas compliqué de retrouver des Chinois au Mali. En allant diner, j’aperçu un superbe 4×4, près d’un hôtel, chargé comme un mulet, plus je m’approchais, plus je distinguais des formes reconnaissables, sous la bâche de protection, je fis mine de ne rien voir, je prenais une chambre dans le même lieu. A la terrasse du restaurant les Chinois négociaient les prix des marchandises avec un Malien j’écoutais attentivement la discussion, s’étaient eux les coupables, à présent ils étaient fait comme des rats. Il fallait que je cogite un plan d’action, la nuit portant conseil, je réfléchissais en m’assoupissant.

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Au lever du soleil, à la première prière, après un bon café, je fonçais tout droit au bureau de police de Djenné un officier me reçut, écouta mon témoignage, nous partîmes ensemble, vers le véhicule afin de constater qu’en soulevant la bâche, les objets étaient là. La vraie Police cette fois ci, pris en charge l’enquête, en arrêtant les touristes Chinois et leur complice. Ils furent raccompagnés à l’aéroport de Bamako, puis extrader, après avoir payer au consulat une amende des plus hallucinantes, avec une interdiction de retour au Mali.

Je revenais à Sangha avec de bonnes nouvelles, je fus récompensé par les habitants, par l’intermédiaire d’une cérémonie en mon honneur, par la suite les objets furent restitués par le ministère de la culture et du patrimoine qui les avaient saisies durant l’enquête. J’étais fière.

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Post scriptum.

Cette histoire n’est pas un roman, ni une fiction, je l’ai vécue à ma grande surprise de l’imprévue du voyageur. Pourquoi m’avoir choisi comme interlocuteur ? m’avoir fait confiance ? c’est le mystère Dogon, la magie de l’Afrique. Malheureusement ce genre d’histoires, ne finissent pas toujours comme la mienne. Beaucoup d’objets du patrimoine sont vendus, au plus offrant, dans toute l’Afrique, pour des raisons de problèmes financiers, de famine, de survie, au grand détriment des populations, qui voient leur bien, leur passé, leur histoire, disparaitrent afin de se retrouver à jamais, dans des galeries, musées, ou collections privées, loin du continent. D’autre part, je déconseille vivement un voyage dans le pays actuellement sous tension. En revanche le Mali reste un pays que j’affectionne particulièrement, pour son authenticité, son hospitalité, mais surtout le grand courage de sa population face au évènements actuels. Je vous suggère à ce propos, de regarder le film Timbuktu du réalisateur Abderrahmane Sissako un chef d’œuvre.

Patrick Compas.

 

Jordanie dans les traces de Lawrence d’Arabie.

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Majed Salem Al Zalabieh, la trentaine, issue de la légendaire tribu bédouine des Zalabieh. Ce nom ne vous dit rien pourtant souvenez-vous… Le film Lawrence d’Arabie. C’est grâce à son grand-père que ce chef d’œuvre du cinéma à pu voir le jour. Nous sommes installés sous la tente familiale autour d’un thé. On se regarde dans le silence, il me fixe, coiffé de son keffieh rouge et blanc comme s’il essayait de lire dans mon regard quelles étaient mes pensées afin de savoir si l’occidental assoiffé de curiosité que j’étais valait la peine d’être côtoyé. Puis j’entame les premiers mots de la discussion : « combien de chameaux possèdes-tu Majed ? Des centaines, me dit-il. Cependant, mon préféré se nomme Toyota et il consomme 15L/100« . Dans un éclat de rire nous partageons une deuxième tasse de thé aux herbes avant de prendre le chemin du Wadi Rum. Un immense territoire de 800 km2 entre l’Arabie Saoudite et l’Israël rejoignant la mer rouge en Égypte composé de montagnes rocheuses granitiques puis de sable fin de couleur rougeâtre.

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Caravane Bédouine Pétra Jordanie.

Bienvenue dans la maison des bédouins en Jordanie

Seulement voilà, tout n’est pas si rose ces derniers temps, on s’inquiète chez les Zalabieh de plusieurs choses : la première, l’environnement et les problématiques climatiques qui détraquent la faune et la flore mais surtout la chose la plus sacrée pour les Nomades à savoir l’eau. Car la région étonnement regorge d’eau sous le sable grâce à un système d’aquifères des nappes phréatiques poreuses qui fournissent le liquide sacré. Cependant cette denrée rare est abondement utilisée par les grands projets agricoles du pays qui ne se soucient guère du problème de réapprovisionnement de cette ressource pour la survie des populations bédouines et de leurs troupeaux. D’autre part, les relations entre les bédouins propriétaires des terres ancestrales et la Royauté qui représente l’Etat ne sont pas au beau fixe. Le royaume Hachémite de Jordanie semble avoir toujours considéré les tribus jordaniennes comme le socle de son pouvoir : dès ses débuts, que l’on peut faire remonter à la révolte Arabe de 1916 menée par l’armée des Hachémites du Hedjaz, l’État s’est fondé sur l’allégeance des tribus. La Jordanie, le colonialisme, le mouvement de décolonisation, les conflits israélo-Arabes et la lutte des Palestiniens. Malgré tout, ces dernières années, dans le contexte des Printemps Arabe, plusieurs contestations venant des tribus ont pointé du doigt le régime et dénoncé sa corruption. Mais comme le dit Majed, « les voix contestataires au sein des tribus sont celles « de jeunes gens éduqués qui se dissocient des intérêts particuliers de leur communauté et réclament une réelle démocratie en Jordanie »« .

En Jordanie, le tourisme va mal

Et ce, depuis les récents événements et divers attentats. Les Occidentaux boudent les pays Arabes et territoires musulmans par craintes de représailles ce qui ne facilite pas la tache des Bédouins pour qui le tourisme est une source financière complémentaire au travers de l’aide à la visite aux touristes sur leur territoire. Leurs objets artisanaux sont remplacés pour la plupart par des objets d’imitation, fabriqués en Chine. Pour finir, la problématique des territoires voisins qui ne cessent d’essayer de déstabiliser le pays, à commencer par la Syrie qui envoie 500 réfugiés par jour aux frontières Jordaniennes, ils seront 2,5 millions en 2017 à avoir regagnés la ville d’Amman. La crainte des bédouins est toute simplement légitime… Le pays se retrouve sous l’emprise de terroristes assoiffés de pouvoir et de conquête avec une éventuelle destruction d’un patrimoine hors du commun, à savoir Pétra, tout comme ils l’ont fait à Palmyre ou Bamyan en Afghanistan.

En Ethiopie, la ville d’Harar entre Rimbaud et Monfreid.

Nous sommes à Harar, une ville millénaire classée au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco, à 500 kilomètres à l’est de la capitale éthiopienne Addis Abeba. Le jeune Rimbaud est arrivé en décembre 1880, à 26 ans, dans cette cité musulmane alors sous tutelle égyptienne. Il avait abandonné la poésie pour se consacrer aux voyages au négoce au Moyen-Orient et en Afrique. À l’époque, Harar était une cité glorieuse, carrefour commercial entre la péninsule arabique et le reste du royaume d’Abyssinie où l’on vendait du café, de l’encens, du musc, des peaux de bêtes.

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Harar en Ethiopie vente de khat au marché.

Rimbaud, contrebandier

Pour se rendre dans cette demeure, où le poète n’a jamais vécu, il faut traverser des ruelles étroites aux murs fixés par de la boue et peints de blanc, de bleu, de jaune et de vert, qui font la spécificité de la vieille ville de Harar. Mais les Harari d’aujourd’hui se souviennent surtout du Rimbaud contrebandier qui a vendu des armes au roi du Choa Ménélik, futur empereur d’Ethiopie, qui a pris la ville de Harar en janvier 1887. « Les seuls Harari qui savent de qui on parle n’en ont pas une très bonne image. Ils ne gardent en mémoire que la légende noire : le trafic d’armes, les rumeurs sur ses mœurs légères et les accusations d’espionnage. »  D’après le conservateur, il était devenu un vrai Harari qui s’entendait très bien avec les habitants, parlait Arabe, Oromo, Amharique et avait quelques notions de la langue locale Harari. Le poète désirait découvrir « les effets excitants » du khat – prononcé tchat en Ethiopien  qui se consommait déjà beaucoup à Harar à la fin du XIXe siècle.
À l’époque de Rimbaud, Harar était considérée comme la quatrième ville sainte de l’Islam après La Mecque, Médine et Jérusalem. C’était un centre spirituel d’enseignement Soufi. Arthur Rimbaud y aurait trouvé « une certaine tranquillité, une paix intérieure ». Les épaisses murailles de la vieille cité éthiopienne d’Harar n’ont pu empêcher le monde moderne de s’y engouffrer, mais les traditions historiques, culturelles et religieuses uniques de ce lieu saint de l’Islam y sont toujours bien vivantes. – Nourrir les hyènes aux portes de la ville reste un spectacle hallucinant. Harar a passé un étrange pacte avec les hyènes qui terrorisent le reste de l’Ethiopie. Entre chien et loup, les bêtes féroces dévorent l’aja, un ragoût préparé par les habitants de la citadelle oubliée.

Harar et ses 99 mosquées

L’Harar d’aujourd’hui est un savant mélange d’ancien et de moderne, où la piété religieuse et les coutumes fortement ancrées n’empêchent pas l’omniprésence des téléphones portables, des ordinateurs et des antennes satellitaires. Les plus fidèles témoins de cette époque mouvementée sont les hautes murailles, en parfait état de conservation, qui entourent la ville. Aujourd’hui encore, les six portes ferment à la tombée de la nuit. Elles portent les noms de Choa, Sanga, Erer, Buda et Fallana. La plus populeuse est assurément celle de Choa, par laquelle nous venons de plonger dans ce dédale de passages étroits, un labyrinthe qui vous donne l’illusion d’être au cœur d’une seule et même habitation divisée en centaines de petites pièces reliées par de minuscules boyaux. Trente-trois mille âmes vivent aujourd’hui dans les murs de cette cité oubliée du temps. On dénombre à Harar pas moins de 99 mosquées, dont la plupart sont de petites constructions d’un étage surmontées d’un fin minaret. Depuis la fin du XIXe siècle, les minorités copte et catholique disposent respectivement d’un temple orthodoxe et d’une modeste église à peu près déserte.
Harar reste aujourd’hui une ville bruyante et commerçante. Elle ressemble presque à un seul et grand marché, où les différents métiers seraient regroupés par quartiers : les ateliers des forgerons dans les ruelles proches de la porte de Buda, les tailleurs à deux pas du marché central, dans une rue que les gens du cru appellent makina guirguir à cause du bruit des vieilles machines à coudre. Au marché Madde Dudú, sur les terrasses qui dominent les étals des bouchers, Vautours et Milans attendent patiemment la fin de la journée pour descendre se gaver d’abats. Des femmes Somali, Amharas et Oromos étalent leurs marchandises (bois de chauffe, charbon) sur le sol. Devant le moulin, une file de clients attend de faire moudre son blé .Il n’est pas rare, dans cette ville aux allures de labyrinthe, que les gens invitent le visiteur à boire un verre de thé, de café ou à fumer une pipe à eau.

Henri de Monfreid arrive à son tour à 32 ans dans la zone, en 1911

Installé à Djibouti, il achète un boutre baptisé Fath-el-Rahman et se lance dans la navigation sur la mer Rouge, qu’il finit par connaître par cœur : ses connaissances seront sollicitées par les autorités coloniales françaises pendant la Grande Guerre, faisant de l’écrivain un agent occasionnel de renseignement.

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Harar entrée de la vielle ville par la porte de la Choa

Monfreid sera donc flibustier. D’abord, il veut explorer l’Abyssinie, sur les traces de Rimbaud . Il apprend l’Arabe, se coiffe d’un turban. « Les hautes falaises de basalte qui défendent ce mystérieux pays Dankali, inexploré et peuplé de tribus rebelles » l’attirent. Il part de Djibouti pour l’AbyssinieFathouma, sa belle « négresse », meurt. Henry de Monfreid repart pour Djibouti. Il construit un boutre, une sorte de petit voilier utilisé par les pêcheurs de perles de la mer Rouge, engage des marins, et entame une carrière de « loup de mer ». Pendant plusieurs mois, il va écumer cette mer à la recherche de « ce gravier merveilleux » que sont les perles huîtrières.

Après les perles, d’autres trafics. Les armes. Le Haschich qu’il va acheter en Grèce pour le revendre en Égypte et Djibouti. Jusqu’au milieu des années vingt, Monfreid écoule douze tonnes de Haschich à la barbe des Anglais. Son voyage de noces avec Armgart lui sert même de… couverture pour cette activité de contrebande. Le père Teilhard de Chardin, croisé à bord d’un navire en 1926, le « confesse ». Les deux hommes parlent des origines du monde et de Dieu. Ils deviennent amis. Et feront même des fouilles archéologiques ensemble en Éthiopie.

Joseph Kessel, qui rencontre lui aussi Monfreid, est subjugué par la vie de ce flibustier. Il lui suggère d’écrire. En 1931, Henry de Monfreid publie son premier livre « Les secrets de la mer Rouge » ; livre qui rencontre un vif succès. Deux ans plus tard, il écrit « Vers les terres hostiles de l’Éthiopie ». Monfreid y dénonce les visées de l’empereur d’Ethiopie, Hailé Sélassié, sur Djibouti et le Yémen. Hailé Sélassié tentera lui-même d’éliminer le Français, en l’empoisonnant lors d’une audience. Monfreid vomit le café empoisonné, et sera sauvé. Mais  sera expulsé d’Éthiopie.

« Entre 1880 et 1890, la Corne de l’Afrique bruisse des rumeurs de trafic d’armes d’Arthur Rimbaud qui sillonne la région entre Aden, Harar et la province du Choa en Éthiopie.
Son souvenir est mis en scène dans Les Éthiopiques d’Hugo Pratt : Corto Maltese, dans ses pérégrinations africaines, ressemble à un écho lointain du poète-aventurier. »